Bravo Virtuose au Ciné Toboggan dimanche 1er avril à 18h00

Jeudi 29 mars à 20h30

Dimanche 1er avril 18h00

Mardi 3 avril à 18h00

au Ciné Toboggan

Bravo Virtuose, une comédie de Levon Minassian avec Samvel Tedevossian et Maria Akhmetzyanova

SYNOPSIS

Arménie. Alik, 25 ans, musicien d’exception, membre d’un orchestre de musique classique
prépare un grand concert.
Tout bascule quand le mécène de l’orchestre est assassiné.
Par un concours de circonstances, Alik se retrouve en possession du téléphone d’un tueur à gage nommé “Virtuose”.
Il saisit cette opportunité, endosse l’identité du tueur, le temps de sauver l’orchestre de la faillite et protéger celle qu’il aime.

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

COMMENT EST NÉ LE PROJET ? QUEL ÉTAIT L’ÉLÉMENT DÉCLENCHEUR DE L’HISTOIRE ?
Je suis de très près la situation en Arménie depuis ces vingt dernières années car c’est mon pays natal et tout ce qui s’y passe me concerne personnellement. Après la chute de l’Union Soviétique en 1992, comme tous les pays de l’ex-URSS, l’Arménie s’est libérée et a été entraînée dans un capitalisme sauvage. L’économie du pays a été dérégulée, la pression financière a conduit à une situation où la culture en général et la musique classique en particulier ont été à deux doigts de disparaître. On ne peut pas dire que le communisme était le meilleur système, mais malgré tout, l’art et la culture occupaient alors une très grande place dans la société, souvent pour des raisons de propagande. Depuis, c’est l’argent qui occupe le devant de la scène, reléguant la culture, la science, l’éducation loin derrière.
Ces bouleversements politico-économiques m’ont donné envie de faire ce film. Le pays a été secoué par des changements radicaux et je voulais les aborder à travers la place résiduelle qu’occupe la culture désormais.

L’HISTOIRE DE BRAVO VIRTUOSE S’INSCRIT DANS L’ARMÉNIE D’AUJOURD’HUI, LOIN DU PASSÉ DOULOUREUX DE L’ARMÉNIE…
C’est vrai. Alik est un personnage moderne, une sorte de « héros de notre temps ». Les pages douloureuses dans l’histoire de l’Arménie sont nombreuses, mais j’ai préféré me concentrer sur les « malheurs » d’aujourd’hui. Les sujets évoqués dans le film sont d’une brûlante actualité. On y parle de musiciens classiques de haut niveau forcés à faire de petits boulots dévalorisants pour survivre, mais aussi de valeurs morales, d’oligarques mafieux qui règnent sans partage. Plus largement, ce film est une allégorie du rôle de la jeunesse dans la société contemporaine. Les jeunes arméniens, comme d’autres ailleurs dans le monde, ont parfaitement conscience de leurs problèmes et s’efforcent de les affronter, de trouver leur propre voie dans un monde à l’avenir incertain. Ce film raconte comment la jeunesse s’en sort avec ses propres armes face à ce vieux monde abîmé et lui oppose ses valeurs : audace, innocence, joie et amour. Une jeunesse joyeuse et pleine d’espoir tournée vers l’avenir. Une histoire directement
sortie d’un conte de fée !

LE FILM OFFRE UN REGARD SUR UNE ARMÉNIE ACTUELLE QUI EST PEU ÉLOGIEUX À TRAVERS LES YEUX D’UN JEUNE HOMME QUI DÉCOUVRE LE MONDE QUI L’ENTOURE. ET POURTANT LE FILM PROCURE UN CERTAIN SENTIMENT DE RÉCONFORT, DE TENDRESSE VOIRE DE SÉCURITÉ.
ÉTAIT-CE INSCRIT DÈS LE DÉPART DANS LE SCÉNARIO ?
Certes, la situation socio-économique en Arménie aujourd’hui est préoccupante, mais malgré tout les Arméniens ont su conserver quelques valeurs essentielles qui sont la base de leur société : le dévouement sans limite à la famille, l’hospitalité, la fidélité dans l’amitié, le partage. Ce sont ces qualités qui ont aidé ce peuple dans les moments difficiles de son histoire. Étant lucide mais optimiste, je crois que les Arméniens conserveront ces qualités vitales, malgré les attaques perpétrées par une mondialisation qui leur impose d’autres valeurs. Il y a beaucoup de choses positives en Arménie et j’ai tout fait pour les mettre en lumière. Mes personnages aiment leur pays et c’est pour ça qu’ils luttent pour une société meilleure. Et cet amour est tellement fort qu’il leur donne des ailes, leur permet de se dépasser. C’est une ambiance générale qui était présente déjà dans le scénario, car dès le début, j’avais une idée très précise de la façon dont j’allais filmer l’Arménie.

VOUS EMPRUNTIEZ DÉJÀ LA FORME DU CONTE DANS VOS COURT-MÉTRAGES. POURQUOI CE CHOIX ?
Les contes nous ont tous bercé dans notre enfance. Nous nous sommes tous construits en écoutant ces récits où le Bien combat le Mal. Ils s’adressent à l’inconscient de l’homme. Tous mes films sont des contes postmodernes où le Bien et le Mal ont des visages bien réels, connus de tous. Un conte permet de parler avec légèreté et humour de choses importantes, voire essentielles de notre existence, de nous éveiller, de nous permettre de penser notre propre vie. Je ne fais pas du cinémavérité. Je souhaitais montrer le visage d’une société à travers le prisme de l’art cinématographique. Je revendique également l’émotion ! Dans mes films je souligne toujours le côté émotif
des personnages, leurs dilemmes intérieurs, leur penchant pour le sacrifice de soi.

ON RETROUVE DANS VOTRE FILM DES ÉLÉMENTS DE GENRES COMME L’AVENTURE, LA COMÉDIE, L’ACTION…
Y A T’IL UN GENRE AUQUEL VOUS RATTACHEZ DAVANTAGE VOTRE FILM ?

J’avais envie que le film soit comme la vie, avec des humeurs et des couleurs différentes. Je ne voulais pas rester coincé dans un cadre prédéfini. Je voulais m’affranchir de ce carcan. La vie en soi est un mélange des genres ! Je voulais faire un film qui puisse aller vers tous les publics, des gens différents, de cultures différentes, un film pour les jeunes et les moins jeunes. Un film qui va très vite, qui saisit son spectateur et qui le tient en éveil jusqu’à la fin.
Je voulais que tous puissent s’y reconnaître – ceux qui aiment les aventures rocambolesques, ceux qui aiment la musique classique, ceux qui aiment les belles histoires d’amour. Et surtout, je ne voulais pas parler de sujets sensibles avec misérabilisme. J’avais envie d’utiliser la force comique pour raconter une histoire où les gens, même en difficulté économique, ont de la fierté, de la force et du courage pour s’en sortir. Le comique est un moyen d’expression sans limites, qui nous permet de parler des choses
les plus graves sans pour autant alourdir le propos.

LE FILM CONSACRE UNE PLACE IMPORTANTE À LA MUSIQUE, QUI MODULE LES DIFFÉRENTS ÉTATS D’ESPRIT DU JEUNE ALIK ET FINIT PAR CONSTITUER UN PERSONNAGE À PART ENTIÈRE…
BRAVO, VIRTUOSE est un film qui parle de musique et la met en scène. Les films soviétiques, qui ont été la base de ma culture cinématographique, sont très musicaux. Il y avait toujours de belles musiques et chansons dans ces films qui ensuite vivaient leur propre vie. Et j’aimais beaucoup ça. En général, la musique a toujours occupé une place importante dans ma vie, même si je n’ai jamais étudié la musique et n’ai jamais réellement appris à jouer d’un instrument. Mais pour moi, la musique est le sommet de l’art.

POUR VOTRE PREMIER FILM VOUS VOUS ÊTES ENTOURÉ D’ARTISTES D’ORIGINE ARMÉNIENNE DE RENOM TIGRAN HAMASYAN ET MICHEL PETROSSIAN…
Tigran est un musicien hors normes, extrêmement talentueux et original. Il est né et a grandi, comme moi, à Gyumri, la deuxièmeville d’Arménie, qui a été anéantie par le séisme en 1988. Nous parlons ensemble dans un dialecte très spécifique, propre à notre ville natale et on peut dire qu’on se comprend à demi mot.
Je lui ai demandé de faire la bande originale du film. Elle devait être au service du film et en aucun cas un autre album jazzy de Tigran Hamasyan. Nous avons travaillé en imaginant des thèmes musicaux pour chacun des personnages principaux. Tigran a aussi composé au « fil de l’eau », en regardant le film devant son piano. Dans le film il y a aussi un Concerto joué par un orchestre classique. J’ai fait appel à l’un des compositeurs les plus doués de sa génération, Michel Petrossian, d’origine arménienne lui aussi. L’oeuvre de Michel est plus éclectique, plus moderne. Je lui ai demandé de composer le « concerto pour clarinette et orchestre », de façon plus « classique », plus mélodique. Michel a fait trois propositions pour le thème central, j’ai bien aimé les trois, et on les a toutes gardées. Le solo de clarinette est interprété par un grand virtuose français : Philippe Berrod. Nous avons enregistré ce morceau à Erevan avec l’Orchestre National Philharmonique d’Arménie, sous la direction d’Eduard Topchjan.

COMMENT S’EST PASSÉ LE CASTING ?
Les acteurs du film devaient être jeunes. Et beaux ! Comme pour incarner l’espoir d’un avenir radieux. Le personnage d’Alik porte toute cette histoire sur ses épaules. Il est de tous les plans. Je cherchais un acteur capable de porter cette charge dans l’émotion et dans le corps. J’ai auditionné à peu près une centaine de jeunes Arméniens tous différents mais j’avais une idée très précise. J’étais tout de suite conquis par Samvel Tadevosian, ce jeune acteur qui occupait tout l’espace. Il avait un jeu assuré et du Charisme. A l’époque du casting il était encore étudiant à l’Institut du Théâtre et du Cinéma d’Erevan dont il a été renvoyé – comme moi il y a 20 ans ! Pour Lara, c’est une
autre histoire. Après avoir cherché en vain à Erevan (Arménie), j’ai élargi le casting à Kiev (Ukraine), Minsk (Biélorussie) et Saint-Pétersbourg (Russie). Au final j’ai trouvé Maria Akhmetzyanova à Moscou. Nous étions si pressés que son audition s’est déroulée via Skype. Elle m’a totalement convaincu. Il fallait alors jongler entre toutes ces langues ce qui n’était pas toujours évident : de l’Arménien oriental à l’Arménien occidental ou encore au russe. Comme la langue russe était présente en Arménie jusqu’à la chute de l’Union Soviétique, comme dans tous les pays de l’ex-URSS, cela aidait beaucoup. Malgré tout nous avons consacré du temps à la lecture du scénario pour veiller à la compréhension entre l’arménien oriental et le russe notamment.

MÊME SI VOTRE FILM N’EST PAS UN FILM MILITANT VOUS Y ABORDEZ BEAUCOUP DE QUESTIONS. QU’AIMERIEZ-VOUS QUE LE SPECTATEUR RETIENNE DU FILM ?
Certains médias et politiciens s’emploient à dresser le portrait d’une société où tout va mal, sans espoir, à l’avenir sombre voir catastrophique. Ce constat dépasse de très loin un seul pays.C’est planétaire. Mais il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que la vie est belle. Très belle même ! Il faut juste changer le regard que l’on porte sur le monde et se détacher du conditionnement que l’on nous impose. Un certain cinéma présente souvent la société sous cet angle exagérément sombre.
Pour ma part, je veux faire un cinéma qui traite de sujets sociaux graves mais avec humour et légèreté. Un cinéma jubilatoire qui donne de l’espoir, qui donne au spectateur la possibilité de passer un bon moment, mais qui lui permette aussi, en sortant de la salle, de commencer à réfléchir sur sa condition humaine, sur ses propres luttes, sa culture, ses valeurs…

Renseignements/réservations :

Ciné Toboggan

14 Avenue Jean Macé Décines-Charpieu Tél : 04 72 93 30 00

 

En partenariat avec le Ciné Toboggan et la Maison de la Culture Arménienne de Décines

CNMA